La création de la Légion étrangère en 1831 s’inscrit dans un contexte marqué par des préoccupations économiques et sociales. Les historiens associent souvent cette initiative à une tradition de recrutement étranger, mais elle découle en réalité du besoin de réduire les coûts liés à l’assistance aux réfugiés. Camille de Montalivet, ministre de l’Intérieur, propose d’intégrer les réfugiés au sein d’une unité militaire afin de rentabiliser les dépenses publiques et « afin que ceux-ci ne cessent pas d’être réfugiés et ne soient point trop contrariés dans le projet qu’ils nourrissent de rentrer dans leur patrie. »1
Cependant, cette proposition rencontre plusieurs obstacles juridiques et administratifs. Le régiment de Hohenlohe, mentionné comme modèle potentiel, avait été dissous et intégré à l’armée française. De plus, la loi de 1818 limitait le recrutement aux citoyens français, tandis que la Charte de 1830 interdisait l’emploi de troupes étrangères sans approbation législative. Le projet nécessitait donc l’accord des chambres, déjà réticentes par le passé.
Au-delà des contraintes légales, la France craignait de provoquer la méfiance des puissances européennes en recrutant des réfugiés étrangers. Malgré l’intérêt initial pour l’idée, ces préoccupations avaient conduit à son rejet. Toutefois, face à la pression budgétaire, le gouvernement reconsidéra cette solution dès février 1831, marquant ainsi le début d’une institution durable.
- Rapport fait au ministre. SHD, XS 335. ↩︎